Les surfaces brûlées
Les surfaces brûlées en France ont plus que doublé entre les années 2006-2015 et 2016-2025. Et 2026, encore en cours, dépasse déjà tout ce qui précède. Ce n’est pourtant pas dans le Midi que ça se joue — et l’histoire longue de ces incendies dit quelque chose d’inattendu sur ce qu’un hectare brûlé mesure vraiment.
Chargement des relevés…
Pourquoi le graphique commence en 2006
Parce que la base BDIFF ne recense les incendies de toute la France que depuis 2006. Avant, seule la zone méditerranéenne était suivie, par la base Prométhée, créée en 1973 après les étés meurtriers de la fin des années 1960 — quinze départements, de l’Ardèche aux Pyrénées-Orientales, plus la Corse. Mettre les deux séries bout à bout produirait une fausse explosion en 2006, qui ne serait que l’élargissement du périmètre de comptage.
Cette série méditerranéenne longue n’est donc pas tracée ici, mais elle reste lisible dans les compteurs ci-dessus, où elle sert de contrepoint : comparée à décennies de même longueur, elle a été divisée par plus de six entre 1976-1985 et 2006-2015, avant de repartir à la hausse.
Ce que la surface brûlée mesure vraiment
Pas le climat, ou pas seulement. Une surface brûlée est le produit de trois choses : un aléa météo, une végétation, et des moyens de lutte. L’effondrement des surfaces brûlées en Méditerranée entre les années 1970 et les années 2000 ne dit pas que le Midi s’est rafraîchi — il s’est réchauffé, et la page sur les échelles le montre. Il dit que la France a construit, après les incendies des années 1970, un dispositif de guet, de pistes, de retenues d’eau et d’attaque des feux naissants qui éteint la grande majorité des départs avant qu’ils ne deviennent des catastrophes.
C’est un rare endroit de ce dossier où une politique publique se lit directement dans une courbe. C’est aussi un avertissement de méthode : un indicateur qui dépend à ce point de la réponse humaine ne peut pas servir à mesurer le climat. Pour ça, il faut des thermomètres — c’est l’objet des autres pages.
Et 2026, qui n’est pas fini
BDIFF ne publie pas l’année en cours : elle attend la fin de la campagne de saisie. La barre tramée de 2026 vient donc d’une autre source, le système européen EFFIS, qui cartographie par satellite les feux d’environ trente hectares et plus. Deux méthodes différentes, qu’il serait malhonnête de présenter comme une seule série — d’où la trame.
L’écart entre les deux est mesurable, puisqu’elles se recouvrent de 2006 à 2025 : EFFIS y compte en moyenne 1,2 fois plus que BDIFF. Même en ramenant le chiffre 2026 à cette échelle, on obtient de l’ordre de 80 000 hectares, soit une fois et demie le record de 2022 — et la saison n’est pas close. C’est un ordre de grandeur, pas une valeur définitive.
Le risque a changé d’adresse
Survolez 2022 : sur les 59 021 hectares brûlés cette année-là, 28 728 l’ont été en Gironde, et 93 départements ont connu au moins un feu. Le Var, département emblématique du risque, arrive loin derrière avec 2 946 hectares — devancé par le Finistère et le Maine-et-Loire dans le classement des surfaces. En 2025, c’est l’Aude qui concentre 13 781 des 21 945 hectares brûlés.
Un dispositif calibré depuis cinquante ans pour le pourtour méditerranéen doit désormais couvrir la Gironde, les Landes, la Bretagne et le Jura. C’est ce déplacement, plus que le total national, que le détail par département rend visible.