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Ce que le GIEC prévoyait chez nous

Le GIEC ne publie pas de prévision pour la France. Il découpe le monde en régions de référence — et celles-ci coupent le pays en deux. Voici ce que ses rapports projetaient pour les deux morceaux, et ce que les thermomètres ont mesuré depuis.

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La France coupée en deux, et pas au même endroit selon le rapport

Dans AR6 (2021), la limite entre « Europe de l’Ouest et centrale » et « Méditerranée » passe à 45° N. Paris (48,8° N) est donc en Europe de l’Ouest, et Bordeaux (44,8° N) est en région méditerranéenne, au même titre que Séville ou Athènes.

Dans AR4 (2007), le découpage n’était pas le même : la frontière entre Europe du Nord et Europe du Sud passait à 48° N, soit juste au sud de Paris. Les deux rapports tranchent la France, à des latitudes différentes. C’est la première chose à comprendre avant de chercher « ce que le GIEC prévoyait pour la France » : cette phrase n’a pas de référent.

Pourquoi AR4 est un trait et non une courbe

AR5 et AR6 s’appuient sur des ensembles de modèles — CMIP5 et CMIP6 — dont les sorties annuelles sont publiques et agrégées par région dans le dépôt de l’Atlas interactif du GIEC. On peut donc en tirer une enveloppe année par année, et la comparer aux relevés.

AR4 reposait sur CMIP3, qui n’est pas dans ce dépôt, et surtout il ne publiait pour l’Europe qu’une fourchette de fin de siècle : le réchauffement attendu en 2080-2099 par rapport à 1980-1999. Il n’y a rien à comparer au présent — d’où le repère vertical à droite du graphique plutôt qu’une trajectoire. Quant à FAR, SAR et TAR, ils ne donnent rien de comparable à cette échelle.

Une station n’est pas une région

Les observations régionales dont dispose l’Atlas s’arrêtent en 2016. Pour aller jusqu’à aujourd’hui, la courbe fine prolonge avec un thermomètre — Paris-Montsouris et Bordeaux-Mérignac. Ce n’est pas la même chose, et l’écart est mesurable : sur les années communes, Montsouris est 0,2 °C au-dessus de la moyenne de sa région et la suit de près, tandis que Mérignac est 0,67 °C au-dessus de la moyenne méditerranéenne et la suit moins bien.

Rien d’étonnant : la région « Méditerranée » du GIEC s’étend du Portugal à la Turquie et englobe beaucoup de terres tempérées par la mer. Bordeaux en occupe le bord nord, plus continental, et s’y réchauffe plus vite que la moyenne. C’est une raison de plus de ne pas confondre les deux échelles — et une piste pour comprendre pourquoi le Sud-Ouest bat des records que la moyenne régionale ne laisse pas voir.